Vendredi 31 juillet, quelques minutes avant le concert d’EMEL, La Barbe Liège a pris le micro sur la grande scène d’Esperanzah. Barbes au menton, nous sommes venu∙es faire ce que nous faisons de mieux : féliciter chaleureusement les messieurs pour leur indéfectible présence sur les scènes des festivals belges.
Car il faut bien le dire, l’ambiance a été excellente en 2025 dans les 42 festivals de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les chiffres de SCIVIAS en témoignent, et nous n’avons pas manqué de remercier nommément ceux qui rendent cela possible, avec l’aide du public qui reprenait en chœur :
- Les Solidarités (Namur) : 58 % d’hommes cis. Merci Denis !
- Dour : 68 %. Merci Damien !
- LaSemo : 68 %. Merci Samuel !
- Couleur Café : 68 %. Merci Samy !
- Francofolies de Spa : 74 %. Merci Yoann !
- Les Ardentes : 77 %. Merci Fabrice !
- Ronquières : 82 %. Merci Gino !
- Durbuy Rock : la palme, avec 94 % de projets musicaux portés par des hommes cisgenres. Bravo Bernard !
Au total, sur l’ensemble des festivals de 2025, les hommes cisgenres représentaient 65 % des artistes programmés et 77 % des équipes de programmation. Et comme si cela ne suffisait pas, ce sont encore eux qui trustent les têtes d’affiche et les meilleurs créneaux horaires. Merci à eux de composer, de chanter, de programmer, d’occuper les coulisses et les micros. Quel dévouement.
Un festival qui fait mentir la tendance
Pour une fois, nous avons aussi eu envie de saluer autre chose que l’entre-soi. À Esperanzah, les projets masculins représentent 47 % de l’affiche. Ce n’est pas un hasard : c’est le résultat d’une volonté assumée de contrer la tendance. Nous voulons mettre en valeur ces festivals accessibles et inclusifs dans leur programmation, pour les personnes queer et pour toutes celles et ceux qui vivent le sexisme, les LGBTphobies, le validisme, l’islamophobie ou toute autre forme de racisme.
Et nous étions particulièrement fièr∙es de prendre la parole juste avant EMEL, dont le projet musical, le talent et les engagements nous inspirent profondément.
Un festival qu’on pousse vers la sortie
Il y a une ironie amère à avoir salué Esperanzah cet été. Le festival qui fait mentir la tendance est aussi celui qu’on a poussé vers la sortie. Après une 24e édition réussie, les organisateur∙ices ont dû se rendre à l’évidence : l’avenir d’Esperanzah ne s’écrira plus à Floreffe.
D’un côté, la famille Bouvier, propriétaire de l’abbaye depuis un an, ne souhaite plus accueillir le festival. De l’autre, une commune qui a retiré son soutien logistique en pleine préparation et dont le bourgmestre a déclaré sans détour aux organisateur∙ices qu’il ne cautionnait pas le festival. La réunion de septembre censée « renouer le dialogue » a duré 34 minutes, sans possibilité de revenir sur les tensions. Les deux sites alternatifs proposés par la commune ? L’un est classé Natura 2000, l’autre ne répond à aucun critère. On a connu des invitations plus chaleureuses.
L’équipe le résume ainsi : elle va devoir quitter Floreffe malgré elle. Et elle dénonce au passage une communication qui cherche à lui faire porter la responsabilité de ce départ.
Et maintenant ?
La bonne nouvelle, c’est qu’ailleurs, on se bouscule. Une quinzaine de communes et de propriétaires ont répondu à l’appel du festival, sept communes ont été retenues et plus de dix sites ont été visités en septembre. La preuve que des élu∙es voient encore dans un festival engagé, inclusif et accessible un atout plutôt qu’un problème.
Alors soutenez Esperanzah. Parlez-en à vos élu∙es. Les festivals qui programment autre chose que des messieurs ne poussent pas sur les arbres : quand on en tient un, on le garde.
Et pendant ce temps, continuez à propager nos revendications partout où vous passerez. Comptez les artistes sur les affiches, posez des questions aux organisateur·ices, interpellez les programmateur·ices. Bref : soyez le poil à gratter des autres festivals.
La Barbe ! La Barbe ! La Barbe ! ✊🏽✊🏼✊🏿✊🏻✊
Sources
Chiffres 2025 : SCIVIAS.
RTBF, « Esperanzah! et Floreffe, nouveau rebondissement : c’est fini », 22 septembre 2026 : lire l’article
