Chapeau bas à Latitude 50 ! L’organisation a réussi hier soir l’exploit de programmer 6 formations musicales pour sa Nuit des fanfares sans que personne, visiblement, n’ait eu la mauvaise idée de compter les femmes. Nous, si.
Sur les 86 instrumentistes présent·es sur les scènes de la soirée, 25 sont perçu·es comme femmes ou minorités de genre. Soit 29,4 %. Ce chiffre nous rappelle tristement le rapport Scivias 2025, qui analyse 42 festivals de musique belges, et nous informait que la moyenne dans les festivals de musiques actuels est de 33,3%. Latitude 50 fait donc moins bien que la moyenne du secteur, elle-même jugée insuffisante. Bravo !
Mais ce 29,4% est encore trop flatteur. Il cache quelque chose…
Ces 25 minorités ne sont pas distribuées au hasard dans le programme. Elles se trouvent, pour l’écrasante majorité d’entre elles, concentrées dans deux formations jouant en début de soirée : la Fanfare des Amis Réunis de Gives et la Fanfare du Nord. Ensemble, ces deux groupes rassemblent 52 instrumentistes dont 23 femmes ou minorités de genre — soit 44% de mixité. Une belle réussite, vraiment ! Les programmateurs leurs donnent une place de choix : de 17h à 20h30, en première partie de l’évènement, avant que le plus gros du public ne soit là… Quel dommage, ces groupes ne se produiront du coup pas sur la grande scène principale, réservées aux têtes d’affiche !
À partir de 20h30, quand le public qui devait arrivé est là et que la soirée commence pour de bon, une magie opère : les femmes disparaissent. Les quatre formations qui se succèdent aux heures de grande audience — Kermesz à l’Est chez les Kyrghyzes, l’Orchestre International du Vetex, NERDS et le Gustave Brass Band — alignent ensemble 2 femmes pour 34 instrumentistes. Soit 6%.
★ Groupes jouant à partir de 20h30 (heures de grande audience). Source : comptage La Barbe Liège, Nuit des fanfares 2026, Latitude50 Marchin.
Kermesz à l’Est chez les Kyrghyzes, l’orchestre d’inauguration, entre en scène avec 8 personnes et zéro perçue comme femme ou minorité de genre. NERDS, qui passe deux fois dans la nuit, maintient la même rigueur : 0 femme sur 4 musiciens. Le Gustave Brass Band et l’Orchestre International du Vetex sauvent l’honneur avec, respectivement, 1 femme sur 9 et 1 femme sur 13. Décoiffant !
On imagine sans peine la difficulté logistique qu’il y aurait eu à faire autrement. Chercher des fanfaronnes en 2026 : quelle expédition périlleuse !
Qu’on nous comprenne bien : nous ne mettons pas en doute la bonne volonté de Latitude 50. Ce sont des professionnel·les de la médiation culturelle, attentif·ve·s aux publics, soucieux·ses d’inclusion (c’est écrit sur leur site) qui font un travail apprécié pour mettre sur pied un évènement gratuit comme celui-ci. Mais il y a une dissonance entre les valeurs affichées et la programmation concrète : rappelons que l’inaction face aux enjeux d’inclusion ne fait que renforcer le sexisme du système. Ne pas agir, c’est un choix.
Ne pas se poser la question de la représentation des femmes et minorités de genre à la programmation, c’est perpétuer les rouages sexistes et LGBTphobes de notre société.
On se demande donc où étaient les musiciennes hier soir à Marchin… Nous ne citerons pas les dizaines de formations musicales plus diversifiées, comme le Balkan Paradise Orchestra, Les MissTrash, Le Lobby, Burning BRASs Band ou Les Anchoises, qui ne demandent qu’à occuper une scène principale. À la place, ces formations sont systématiquement oubliées des festivals ou reléguées aux marges d’une programmation qui les invisibilise avec une régularité confondante.
On vous laisse sur les merveilleuses notes de fanfaronnes que vous devriez programmer plus souvent :






















































