Notre intervention à Esperanzah 2026 (aurevoir Floreffe !)

Vendredi 31 juillet, quelques minutes avant le concert d’EMEL, La Barbe Liège a pris le micro sur la grande scène d’Esperanzah. Barbes au menton, nous sommes venu∙es faire ce que nous faisons de mieux : féliciter chaleureusement les messieurs pour leur indéfectible présence sur les scènes des festivals belges.

Car il faut bien le dire, l’ambiance a été excellente en 2025 dans les 42 festivals de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les chiffres de SCIVIAS en témoignent, et nous n’avons pas manqué de remercier nommément ceux qui rendent cela possible, avec l’aide du public qui reprenait en chœur :

  • Les Solidarités (Namur) : 58 % d’hommes cis. Merci Denis !
  • Dour : 68 %. Merci Damien !
  • LaSemo : 68 %. Merci Samuel !
  • Couleur Café : 68 %. Merci Samy !
  • Francofolies de Spa : 74 %. Merci Yoann !
  • Les Ardentes : 77 %. Merci Fabrice !
  • Ronquières : 82 %. Merci Gino !
  • Durbuy Rock : la palme, avec 94 % de projets musicaux portés par des hommes cisgenres. Bravo Bernard !

Au total, sur l’ensemble des festivals de 2025, les hommes cisgenres représentaient 65 % des artistes programmés et 77 % des équipes de programmation. Et comme si cela ne suffisait pas, ce sont encore eux qui trustent les têtes d’affiche et les meilleurs créneaux horaires. Merci à eux de composer, de chanter, de programmer, d’occuper les coulisses et les micros. Quel dévouement.

Un festival qui fait mentir la tendance

Pour une fois, nous avons aussi eu envie de saluer autre chose que l’entre-soi. À Esperanzah, les projets masculins représentent 47 % de l’affiche. Ce n’est pas un hasard : c’est le résultat d’une volonté assumée de contrer la tendance. Nous voulons mettre en valeur ces festivals accessibles et inclusifs dans leur programmation, pour les personnes queer et pour toutes celles et ceux qui vivent le sexisme, les LGBTphobies, le validisme, l’islamophobie ou toute autre forme de racisme.

Et nous étions particulièrement fièr∙es de prendre la parole juste avant EMEL, dont le projet musical, le talent et les engagements nous inspirent profondément.

Un festival qu’on pousse vers la sortie

Il y a une ironie amère à avoir salué Esperanzah cet été. Le festival qui fait mentir la tendance est aussi celui qu’on a poussé vers la sortie. Après une 24e édition réussie, les organisateur∙ices ont dû se rendre à l’évidence : l’avenir d’Esperanzah ne s’écrira plus à Floreffe.

D’un côté, la famille Bouvier, propriétaire de l’abbaye depuis un an, ne souhaite plus accueillir le festival. De l’autre, une commune qui a retiré son soutien logistique en pleine préparation et dont le bourgmestre a déclaré sans détour aux organisateur∙ices qu’il ne cautionnait pas le festival. La réunion de septembre censée « renouer le dialogue » a duré 34 minutes, sans possibilité de revenir sur les tensions. Les deux sites alternatifs proposés par la commune ? L’un est classé Natura 2000, l’autre ne répond à aucun critère. On a connu des invitations plus chaleureuses.

L’équipe le résume ainsi : elle va devoir quitter Floreffe malgré elle. Et elle dénonce au passage une communication qui cherche à lui faire porter la responsabilité de ce départ.

Et maintenant ?

La bonne nouvelle, c’est qu’ailleurs, on se bouscule. Une quinzaine de communes et de propriétaires ont répondu à l’appel du festival, sept communes ont été retenues et plus de dix sites ont été visités en septembre. La preuve que des élu∙es voient encore dans un festival engagé, inclusif et accessible un atout plutôt qu’un problème.

Alors soutenez Esperanzah. Parlez-en à vos élu∙es. Les festivals qui programment autre chose que des messieurs ne poussent pas sur les arbres : quand on en tient un, on le garde.

Et pendant ce temps, continuez à propager nos revendications partout où vous passerez. Comptez les artistes sur les affiches, posez des questions aux organisateur·ices, interpellez les programmateur·ices. Bref : soyez le poil à gratter des autres festivals.

La Barbe ! La Barbe ! La Barbe ! ✊🏽✊🏼✊🏿✊🏻✊

Sources

Chiffres 2025 : SCIVIAS.
RTBF, « Esperanzah! et Floreffe, nouveau rebondissement : c’est fini », 22 septembre 2026 : lire l’article

Et si les rues de Liège portaient enfin des noms de femmes et de minorités de genre ?

Ce week-end, La Barbe Liège renomme des rues. Pas de conseil communal, pas de procédure administrative : des plaques violettes, du collant double face et 64 noms qui manquent à notre ville.

Un espace public au masculin

Marchez dix minutes dans Liège et comptez les noms de rues. Selon un décompte relayé par Le Soir en 2017, seulement 1,6 % portent le nom d’une femme, contre 33 % pour les hommes. Quant aux personnes trans, non binaires ou queer, elles sont quasiment absentes de la carte.

Ce constat n’est pas propre à Liège. À Bruxelles, un comptage d’Open Knowledge Belgium et du collectif Noms Peut-Être donnait 6 % de rues au nom de femme en 2020, et une seule au nom d’une personne transgenre. En Wallonie, selon la RTBF, les noms de femmes sont dix fois moins représentés que ceux d’hommes.

Il suffit de lister quelques rues du centre pour s’en convaincre. La rue (Joseph) Lebeau, l’avenue Maurice Destenay et le boulevard (Walthère) Frère-Orban honorent chacun un homme politique. La célèbre Montagne de (Vincent) de Bueren et la rue (Pierre) de Bex et rendent hommage à des seigneurs des XVe et XVIIe siècle. La place (John) Cockerill, la rue (Joseph) Curtius, quai (Charles-Henri) Marcellis et la rue Georges Thone célèbrent des industriels. Même la Révolution française a son incarnation masculine, avec la rue (Jean-Pierre de) Ransonnet.

Plein d’autres noms de rue très connues cache leur homme : rue (Mathias-Guillaume de) Louvrex, Boulevard (Ferdinand) Piercot, rue (Jean-Théodore) de Pitteurs, rue (Louis de Moylenarcke le Vieux dit) Surlet, quai (Winston) Churchill… Ces figures ont sans doute marqué l’histoire de la ville, mais elles ne sont pas les seules : chaque siècle, chaque quartier, chaque métier a aussi ses femmes et minorités de genre, que la toponymie officielle passe sous silence.

Un nom de rue, c’est une décision politique sur ce qui mérite d’être retenu. Quand presque tous les noms sont masculins, le message est clair : l’histoire s’est faite sans nous.

Dans le sillage de Noms Peut-Être

Notre action s’inscrit dans le sillage du collectif bruxellois Noms Peut-Être. Depuis 2017, il colle de fausses plaques de rues portant de vrais noms de femmes, connues ou effacées de l’histoire, pour dénoncer leur invisibilisation. Nous reprenons la méthode, avec des figures liégeoises et d’ailleurs.

Qui avons-nous choisi ?

Nous avons voulu mélanger les siècles et les parcours : des figures médiévales comme Sainte Begge ou Berthe de Laon, une révolutionnaire comme Anne-Josèphe Théroigne, des ouvrières comme les hiercheuses et Philomène Boulanger, des résistantes et survivantes des camps comme Nelly Mousset-Vos et Nadine Huong. Des artistes, des scientifiques, des sportives comme Ingrid Berghmans ou Nafissatou Thiam, des juristes, des militantes antiracistes comme Mireille-Tsheusi Robert et Betel Mabille.

Nous avons aussi tenu à celles que l’histoire officielle oublie le plus volontiers. Suzan Daniel, critique de cinéma et militante lesbienne. Des figures importantes pour des comunnautés queer, comme Babibitch et Victoriae Defraigne, DJ et militantes pour les droits des personnes trans, ont leur plaque. Nous glissons aussi Nanèsse, figure du folklore liégeois, et Sainte Barbe, parce qu’on ne se refait pas.

Pourquoi maintenant ?

Nous menons cette action les 26 et 27 septembre 2026, pendant les Journées du Matrimoine. Le matrimoine désigne les biens, matériels ou immatériels, ayant une importance artistique ou historique, hérités des femmes. Cette année, ces journées marquent aussi les 50 ans de la loi du 14 juillet 1976, qui a aboli l’incapacité civile des femmes mariées : depuis, elles peuvent ouvrir un compte en banque seules et exercer une profession sans l’autorisation de leur époux.

Derrière chaque avancée juridique, il y a des femmes et des minorités de genre qui ont lutté, souvent dans l’ombre. Nos plaques prolongent ce travail de mémoire : elles rendent visible dans la rue ce que le patrimoine officiel a trop longtemps tu. Nous n’attendons pas la permission pour le rappeler.

Les noms (liste ouverte)

NomFonctionDates
Lucie DejardinFemme politique, militante pacifiste et féministe1875-1945
Berthe de LaonReine consort des Francs720-783
Sainte BeggeAbbesse615-693
Jeanine DavinMilitante communiste, prisonnière politique et conseillère communale1907-1983
Lisette LombéSlameuse, poétesse et écrivaine1978
Anne-Josèphe ThéroigneFemme politique et révolutionnaire (deux plaques : rue et passerelle)1762-1817
Aldegonde DesmoulinsReligieuse bénédictine et artiste1611-1692
Mady AndrienSculptrice et dessinatrice1941
Simone PlomdeurSculptrice1897-1984
Élise AncionScénariste, costumière et metteuse en scène1969
Victoire CappeSyndicaliste et créatrice du Mouvement social féminin chrétien1886-1927
Fanny GermeauArtiste peintre et résistante1911-2011
Caroline LamarcheÉcrivaine1955
Brigitte MassartArchitecte1955
Christiane StefanskiChanteuse1949-2024
Lise ThiryMicrobiologiste, virologue et militante1921-2024
Christine MahyMilitante contre la pauvreté1960
Sibylle GioéAvocate spécialisée dans les droits humains et présidente de la Ligue des droits humains1987
Renée BrockFemme de lettres et résistante1912-1980
Brigitte KaquetDirectrice artistique et fondatrice de Cirque Divers et de Voix de Femmes1952-2024
Nelly Mousset-VosCantatrice, résistante et survivante des camps de concentration1906-1987
Nadine HuongAvocate, diplomate et survivante des camps de concentration1902-1972
Sandra KimChanteuse1972
NanèssePersonnage du folklore liégeoisXIXe siècle
Nathalie ToroBoxeuse multi-médaillée1972
Berthe BovyComédienne1887-1977
Bernadette MérenneGéographe économique1943
Charline Van SnickJudokate multi-médaillée, cofondatrice de #BalanceTonSport1990
Philomène BoulangerBotteresseXIXe siècle
Najat ArbibMagistrate1974
Nafissatou ThiamAthlète olympique1994
Suzanne MonkasaMilitante pour la défense des droits de la diaspora africaine, des femmes et des minorités1944
Les hiercheusesOuvrières de charbonnages dans les mines
Sainte BarbeIVe siècle
Chantal AkermanCinéaste1950-2015
Mya BollaersActrice1996
Vinciane DespretPsychologue et philosophe1959
Lio (Vanda Maria Roberto Furtado Tavares de Vasconcelos)Chanteuse et actrice1962
Dena (Dena Vahdani)Humoriste1991
Cécile DjungaHumoriste, animatrice médias et artiste1989
Joëlle Sambi NzebaSlameuse, autrice et réalisatrice1979
Suzan DanielCritique de cinéma, militante lesbienne1918-2007
Rokia BambaDJette, créatrice sonore et productrice radio1976
Léa BayekulaPara-athlète multi-médaillée1995
Sarah ChaâriTaekwondoïste multi-médaillée2005
Shahin MohammadConsultante inclusion et diversité, fondatrice de F.R.i.D.A.
Betel MabilleConférencière, formatrice et militante contre le racisme et les discriminations
Habibitch Danseuse, conférencière, vidéaste, DJ, écrivaine
Youna MaretteMilitante pour le climat2002
Babetida SadjoActrice1983
Sarah LéléHumoriste2002
Maja-Ajmia Yde ZellamaRéalisatrice et scénariste1994
Kis’ KeyaRéalisatrice, productrice et directrice de casting
Lubna AzabalActrice1973
Mireille-Tsheusi RobertAutrice, formatrice et chercheuse1981
Isma BenboulerbahMilitante féministe et antiraciste
Victoriae DefraigneDJ et militante pour les droits humains, dont les droits des personnes trans
Eliane GubinProfesseure d’histoire, fondatrice du Centre d’Archives et de Recherches pour l’Histoire des Femmes1942
Ingrid BerghmansJudokate multi-médaillée1961
Marie GillainActrice1975
Émilie DequenneActrice1981-2025
Déborah FrançoisActrice1987
Angèle (Angèle Van Laeken)Chanteuse, musicienne et actrice1995
Simone David-ConstantDocteure et professeure en droit1917-2003

Nous vous invitons à suggérer d’autres noms en commentaire ou par mail.

La Nuit des fanfares à Latitude 50 : un sans-faute (pour les hommes)

Chapeau bas à Latitude 50 ! L’organisation a réussi hier soir l’exploit de programmer 6 formations musicales pour sa Nuit des fanfares sans que personne, visiblement, n’ait eu la bonne idée de compter les femmes. Nous, si.

Sur les 86 instrumentistes présent·es sur les scènes de la soirée, 25 sont perçu·es comme femmes ou minorités de genre. Soit 29,4 %. Ce chiffre nous rappelle tristement le rapport Scivias 2025, qui analyse 42 festivals de musique belges, et nous informait que la moyenne dans les festivals de musiques actuels est de 33,3%. Latitude 50 fait donc moins bien que la moyenne du secteur, elle-même jugée insuffisante. Bravo !

Mais ce 29,4% est encore trop flatteur. Il cache quelque chose…

Ces 25 minorités ne sont pas distribuées au hasard dans le programme. Elles se trouvent, pour l’écrasante majorité d’entre elles, concentrées dans deux formations jouant en début de soirée : la Fanfare des Amis Réunis de Gives et la Fanfare du Nord. Ensemble, ces deux groupes rassemblent 52 instrumentistes dont 23 femmes ou minorités de genre — soit 44% de mixité. Une belle réussite, vraiment ! Les programmateurs leurs donnent une place de choix :  de 17h à 20h30, en première partie de l’évènement, avant que le plus gros du public ne soit là… Quel dommage, ces groupes ne se produiront du coup pas sur la grande scène principale, réservées aux têtes d’affiche !

À partir de 20h30, quand le public qui devait arriver est là et que la soirée commence pour de bon, une magie opère : les femmes disparaissent. Les quatre formations qui se succèdent aux heures de grande audience — Kermesz à l’Est chez les Kyrghyzes, l’Orchestre International du Vetex, NERDS et le Gustave Brass Band — alignent ensemble 2 femmes pour 34 instrumentistes. Soit 6%.

Toute la soirée
29%
femmes / minorités (25/86)
Groupes 17h–18h
44%
femmes / minorités (23/52)
À partir de 20h30
6%
femmes / minorités (2/34)
Femmes / minorités de genre — horaires creux Femmes / minorités de genre — grande audience ★ Hommes

★ Groupes jouant à partir de 20h30 (heures de grande audience). Source : comptage La Barbe Liège, Nuit des fanfares 2026, Latitude50 Marchin.

Kermesz à l’Est chez les Kyrghyzes entre en scène avec 8 personnes et zéro perçue comme femme ou minorité de genre. NERDS, qui passe deux fois dans la nuit, maintient la même rigueur : 0 femme sur 4 musiciens. Le Gustave Brass Band et l’Orchestre International du Vetex sauvent l’honneur avec, respectivement, 1 femme sur 9 et 1 femme sur 13. Décoiffant !

On imagine sans peine la difficulté logistique qu’il y aurait eu à faire autrement. Chercher des fanfaronnes en 2026 : quelle expédition périlleuse ! 

Qu’on nous comprenne bien : nous ne mettons pas en doute la bonne volonté de Latitude 50. Ce sont des professionnel·les de la médiation culturelle, attentif·ve·s aux publics, soucieux·ses d’inclusion (c’est écrit sur leur site) qui font un travail apprécié pour mettre sur pied un évènement gratuit comme celui-ci. Mais il y a une dissonance entre les valeurs affichées et la programmation concrète : rappelons que l’inaction face aux enjeux d’inclusion ne fait que renforcer le sexisme du système. Ne pas agir, c’est un choix.

Ne pas se poser la question de la représentation des femmes et minorités de genre à la programmation, c’est perpétuer les rouages sexistes et LGBTphobes de notre société. 

On se demande donc où étaient les musiciennes hier soir à Marchin… Nous ne citerons pas les dizaines de formations musicales plus diversifiées, comme le Balkan Paradise Orchestra, Les MissTrash, Le Lobby, Burning BRASs Band ou Les Anchoises, qui ne demandent qu’à occuper une scène principale.  À la place, ces formations sont systématiquement oubliées des festivals ou reléguées aux marges d’une programmation qui les invisibilise avec une régularité confondante. 

On vous laisse sur les merveilleuses notes de fanfaronnes que vous devriez programmer plus souvent :

La Boussole militante : notre outil pour mieux militer ensemble

La Barbe Liège publie un carnet de réflexion gratuit et téléchargeable, né d’une lecture collective du livre de Sarah Durieux, Militer à tout prix ? Un outil pratique pour interroger nos dynamiques de groupe et réorienter nos engagements.

En 2026, les membres de La Barbe Liège se sont plongé·es dans Militer à tout prix ?, le dernier essai de Sarah Durieux (Hors d’atteinte, 2025). De cette lecture collective est née la Boussole militante : une synthèse vivante, selective et appropriable, pensée comme un outil interne de référence pour nos choix en collectif.

Le constat de départ est simple mais dérangeant : nos milieux militants reproduisent parfois les logiques mêmes contre lesquelles nous luttons. Culte de la croissance et de la visibilité, relations transactionnelles, urgence permanente, concentration du pouvoir masquée derrière une horizontalité de façade… Ces dynamiques nous épuisent et fragilisent nos collectifs.

La Boussole militante passe en revue neuf tensions concrètes : 

  1. la course à l’échelle et à l’hégémonie, 
  2. l’exploitation au nom de la cause, 
  3. la tyrannie du quantitatif, 
  4. la mise à l’écart des émotions, 
  5. le culte des porte-parole, 
  6. les pièges de l’horizontalité, 
  7. la dictature de l’urgence, 
  8. ou encore la binarité qui rétrécit nos luttes. 

Pour chaque tension, le carnet propose des pistes de solution concrètes et des mots clés pour continuer à réfléchir.

Ce document n’est pas un manuel universel ni le reflet exact du livre de Sarah Durieux. C’est notre boussole à nous, ici et maintenant, malléable, ouverte, utile. Et on a envie de la partager.

Télécharge la Boussole militante gratuitement et fais-en ce que tu veux : un outil de discussion, une base pour former de nouveaux·elles membres, ou juste une invitation à ralentir et à penser autrement notre façon de militer.

Nos félicitations aux Grandes conférences de l’ULiège à Verviers

L’ambiance est bonne à Verviers : nous avons pu célébrer le panel d’experts remarquablement uniforme des Grandes conférences de l’ULiège !

Lundi 9 mars 2026, nous avons tenu à être présent·es à la conférence de Messieurs Wilfried et Bruno au Centre culturel de Verviers. Leur conférence sur « Comment repenser la gestion des entreprises sur des bases écologiques ? » était une très belle occasion de venir saluer le cycle des Grande Conférences de l’ULiège à Verviers. Cette programmation brille en effet par son homogénéité. Sur les 12 intervenants programmés, il y a 11 hommes contre 1 femme.

La programmation de l’année académique 2025-2026 est un grand cru de masculinités : voyez par vous-mêmes sur le site internet (cliquez ici).

C’était donc un plaisir de s’inviter au micro pour partager ce discours :

Messieurs, Messieurs, Messieurs,

Nous sommes venues ce soir pour vous féliciter ! Bravo de garantir un panel d’experts toujours aussi uniforme ! De l’IA à la santé publique en passant par l’archéologie et la géochimie, toutes des sciences bien dures comme on les aime, ça sent bon la testostérone dans le Centre Culturel de Verviers cette année. Et oui, aux Grandes conférences de l’ULiège, nous rendons hommage aux hommes. Ceux qui ont le monopole de la parole et du savoir : cette année, parmi les 12 invités que nous avons pu compter, il y a 11 hommes contre une seule femme !

Espérons qu’elle ne nous troublera pas avec son cerveau féminin et ses idées hystériques. Heureusement qu’à l’ULiège on ne se laisse pas impressionner par ces “sales connes” de féministes et leur Rapport sur l’état de l’égalité de genre publié annuellement depuis 2023 : on nous dit que les étudiantes sont plus nombreuses que les étudiants, qu’il y a autant de doctorantes que de doctorants, et même un peu plus de jeunes chercheuses que de jeunes chercheurs, mais HEUREUSEMENT les postes de chargés de cours, de professeurs et de professeurs ordinaires, les plus prestigieux et assurant le plus de stabilité, d’influence et de rayonnement intellectuel restent à plus de 70% entre les mains des hommes !

D’ailleurs, tant qu’on parle des avancées du patriarcat à l’université, réjouissons-nous d’avance de l’augmentation du prix du minerval, qui va enfin permettre de casser l’accès égalitaire aux études supérieures : fini de prendre la place des hommes riches dans les amphis, toutes les minorités en galère retourneront là où est leur place, à faire des jobs ingrats, mal payés, mal reconnus, où elles pourront enfin faire ce qu’elles font de mieux : se taire.

Aujourd’hui, on se réjouit d’écouter deux hommes blancs de HEC nous expliquer comment la transition écologique peut ou pas être intégrée aux stratégies de performance des entreprises. Aux côtés de Wilfried, félicitons Bruno, là pour représenter son laboratoire et sa mission d’accélération de l’intégration des problèmes sociaux et environnementaux dans les stratégies prioritaires de HEC : sans lui, il aurait fallu subir la présence de Sophie ou Marianne, les deux autres membres de son laboratoire ! On sait comme les femmes n’y connaissent rien en problèmes sociaux et environnementaux ! Merci Gilles, Éric, Damien, Michel, Jean-Michel, Bernard, Marco, Wilfried, Bruno, Patrick, Olivier et Éric, de prendre la parole à la place des femmes.

La Barbe ! La Barbe ! La Barbe !

Discours de La Barbe Liège, aux Grandes conférences de l’ULiège à Verviers, 9 mars 2026

La Barbe prend la parole pour Commune Colère Liège

Prise de parole le 29 avril 2025 – Place Saint-Lambert – Liège

Bonjour à toustes, je m’appelle Anne, je suis une Femme blanche cisgenre hétérosexuelle, enseignante, artiste et mère de 2 adolescents. Je suis aussi déléguée syndicale CGSP dans mon établissement.

Je viens ici prendre la parole au nom de la collective “La Barbe Liège”. Nous sommes des femmes qui surgissent partout où les hommes se croient en terrain conquis, en arborant les attributs du pouvoir et jouant le jeu de la masculinité. 

Le but ultime de La Barbe n’est pas d’installer quelques femmes de plus dans les clubs d’hommes régis par des hommes, créés pour des hommes. C’est de rendre visible la domination des hommes blancs cis-genre dans les hautes sphères du pouvoir, dans tous les secteurs de la vie professionnelle, politique, culturelle et sociale en ringardisant leurs codes, leurs valeurs, leur esprit de corps. 

Notre mission est de faire tomber le patriarcat et les normes de genre en utilisant leurs codes. 

L’arrivée progressive de ce gouvernement d’austérité et toutes ces politiques virilistes partout dans le monde, dans notre jargon féministe on appelle cela le “backlash” (le ressac ou retour de bâton). 

C’est ce qui arrive quand il y a eu trop d’avancées sociétales incluantes ou trop de prises de consciences sur des inégalités et les injustices. Alors, le patriarcat tremble et se débat pour récupérer tout le pouvoir et très souvent, il utilise un discours guerrier ou la peur pour légitimer son retour absolu! 

Les mouvements masculinistes se renforcent partout dans le monde à l’heure actuelle en travaillant main dans la main avec les extrêmes droites. Ils dénoncent une “CRISE de la masculinité” qui n’existe pas (les chiffres ne confirment rien de cela) mais qui permet de faire passer des discours de haine contre les femmes et toutes les personnes minorisées dans le but de discréditer les avancées, les représenter comme une menace, un scandale, une catastrophe, une monstruosité. Réaffirmer une division binaire des sexes en assignant bien entendu des fonctions supérieures aux hommes blancs cisgenre en mobilisant toutes les ressources pour ce faire.

Le conseil des ministres ne représente pas la société belge : 11 hommes, 4 femmes et ce n’est pas “un concours de circonstances” comme a pu le qualifier Mathieu Bihet. Le soucis avec cette sur-représentation des hommes blancs cis dans les sphères du pouvoir c’est la question du boys club viriliste qui fait perdurer un système excluant et dominateur. C’est le bras droit du patriarcat qui colonise, détruit, pollue et rend malade. 

Et moi, j’en ai assez! Je n’ai jamais été aussi en colère de toute ma vie! 

Car aujourd’hui, ce gouvernement s’en prend aux allocations de chômage et à la pension, mais demain il viendra pour nos droits individuels et notre sécurité! Il suffit de regarder partout ailleurs. 

Il est temps de faire tomber ce système car il nous détruit! 

Vous savez, moi, j’ai 43 ans, j’ai entendu le patriarcat utiliser les discours guerriers qui justifient des horreurs depuis toujours. Je me souviens du génocide Rwandais, de la guerre du Golfe, de l’invasion de l’Irak et de l’instrumentalisation du 11 septembre. J’ai enseigné toute l’histoire militaire mondiale à mes élèves pendant dix ans au point d’en être tombée malade en février dernier. Rejoignant de ce fait le million de malades de longue durée en Belgique. J’ai moi aussi entendu que “les enjeux économiques sont bien plus complexes qu’il n’y paraît, on ne règle pas cela à coup d’utopie voyons”.  

Aujourd’hui, grâce à des experts comme Kate Raworth ou Timothée Parrique, je sais que c’est complètement faux! Que c’est une question de volonté de se pencher sur la question de l’inclusion, du partage, d’une économie respectueuse des ressources et des êtres vivants.  

Contrairement à ce que ce gouvernement veut faire croire à la gauche progressiste, les gens ne veulent pas de ce discours guerrier. ils ne votent pas pour l’austérité dans la joie non. Ils croient juste qu’ils n’ont pas le choix! C’est ça, la force de la figure paternelle! 

Il vous explique qu’il va falloir 

“se serrer la ceinture”, 

“être fort et se battre”, 

“être compétitif” 

Il fait les gros yeux et montre son doigt tendu alors que c’est un choix de paradigme et de vision de société. 

On peut décider de prôner l’accueil, l’empathie, le soin des unes et des autres, dans la tempérance et la frugalité. Pour moi, c’est à cela que doit servir un gouvernement. Avoir une vision globale des enjeux des populations et les aider à s’organiser pour qu’elles soient les plus heureuses possibles! Ce sont des qualités que l’on attribue à tort aux femmes d’ailleurs. Nous ne naissons pas avec ces qualités de soin et d’écoute de manière intrinsèque, on nous socialise comme cela, différemment des garçons, et je crois que nous aurions toustes à y gagner avec ces valeurs! 

On a pas besoin de l’Arizona, ni d’un pouvoir centralisé si fort et toujours dans les mains des mêmes personnages éloignés des besoins réels des gens. De figures de “bon pères de famille” qui nous expliquent ce qu’il va falloir faire sans se soumettre à leurs propres mesures ! 

Et enfin, je suis désolée d’être si en colère devant vous aujourd’hui parce que je sais, que vous êtes déjà toustes sensibles à ces valeurs puisque vous êtes là! Je suis à bout de devoir payer de ma poche pour soigner une douleur infligée par un système qui perdure depuis le néolithique! C’est un système PREHISTORIQUE bon sang! 

Mon rêve serait de pouvoir déposer cette colère au bon endroit, au cœur même du kern et dans l’ARIZONA et c’est impossible puisqu’ils sont hors d’atteinte! 

C’est pourtant à Philippe, Bart, David, Maxime, Frank, Vincent, Jan, Annelies, Bernard, Theo, Jean-Luc, Vanessa, Rob, Anneleen, Mathieu et Eléonore que j’ai envie de dédier cette colère: VOUS ÊTES RINGARDS, VOUS NE REPRÉSENTEZ PAS MES VALEURS ET VOUS ME RENDEZ MALADE ! 

La Barbe, la barbe, la barbe!

Extrait du discours de LA BARBE Liège pour soutenir les actions
de Commune Colère durant la manifestation du 29 avril 2025

Les Grandes Conférences Liégoises remettent le couvert !

Ce 3 octobre 2024, La Barbe Liège s’est à nouveau invitée aux Grandes Conférences liégeoises. La récidive était payante : des policiers étaient au rendez-vous, prêts à intervenir dès l’apparition du premier poil synthétique sur scène.

Pourquoi cette action ? 

Depuis 2005, 84% des conférences ont été données par des hommes. 7 conférences, 6 hommes : c’est invariablement la même recette que nous sert chaque année l’organisation des Grandes Conférences liégeoises. Pendant 20 ans, celle-ci n’a visiblement pas pris acte des changements sociétaux de son époque. Pourtant, elle aurait pu le faire depuis 2019.

Notre fidélité inconditionnelle

En 2019, La Barbe Liège avait interrompu la conférences d’Etienne Klein pour « [félicier] les organisateurs des grandes conférences liégeoises de garantir une masculinité majoritaire dans le choix de leurs intervenants » (cf. le discours complet ici). Notre ironie ne semble pas avoir été comprise.

Intervention de La Barbe Liège aux Grandes Conférences liégeoises, le 10 janvier 2019 au Palais des Congrès, devant des salles de 1500 places.
Action de 2019, lors de la conférence d'Etienne Klein

Nous avons donc retapé sur le clou en 2022 en créant une campagne de communication complète promouvant un programme de conférences 100% féminin, sur des sujets qui nous semblent primordiaux. On l’a appelé modestement Les TRÈS Grandes Conférences liégeoises. Cette action soutenue par la Fédération Wallonie-Bruxelles avait pour but de sensibiliser le public liégeois à la sous-représentation des minorités dans les panels d’intervenants et dans les thématiques abordées. La parodie des outils de communication (affiches dans des lieux culturels liégeois, site internet, événements sur Facebook…) ciblait évidemment directement les Grandes Conférences liégeoises. Pourtant, elles ont encore fait l’autruche.

Affiche d'une des Très Grandes Conférences liégeoises (2022)

En 2023, des citoyennes nous envoient des mails pour nous avertir de leur indignation car, encore une fois, à l’affiche, il y a 1 femme et 6 hommes. Nous avons réagi de façon plus soft, mais toujours chatoyante, par une publication diffusée sur les réseaux sociaux (ici).

Publication Instagram de 2023
La récidive de trop ?

Lorsqu’un beau matin de septembre 2024, une journaliste de la DH nous contacte pour  avoir notre avis sur la vingtième programmation des Grandes Conférences liégeoises, nous avons encore gloussé dans notre barbe. L’article est savoureux (ici) tant l’organisation peine à se justifier.

S’est-elle sentie si acculée qu’elle a prévu de mobiliser 4 policiers en civil pour la première conférence de cette année ? Notre poil au menton a rarement autant terrorisé les bastions du patriarcat : nous en sommes très flaté∙es !

Notre discours

20 ans de patriarcat, ça se fête ! Le Conseil d’Administration des Grandes Conférences liégeoises était présent pour l’occasion. Bien blancs, bien vieux, bien enfoncés dans les sièges de velours rouge de la salle du Palais des Congrès, ils sont venus afin de célébrer l’ouverture de cette saison anniversaire. Un tiers de la salle est rempli… Avant la conférence d’Etienne Klein (encore lui, cf. 2019 : oui, il y a tellement peu d’inventivité dans la programmation au fil des ans qu’on rappelle les mêmes intervenants masculins), nous devons entendre une introduction de madame Nadia Delaye, suivie d’un discours convenu de monsieur Melchior Wathelet (saluant l’ex recteur de l’ULiège, monsieur Bernard Rentier) et du discours lunaire de monsieur l’Échevin de la culture Mehmet Aydogdu.

Assurément, après ça, nous ne pouvions que faire mieux. Dès que le conférencier commence à parler, nous mettons nos barbes et montons sur scène…

Messieurs, Messieurs, Messieurs, 

Depuis 2005, la programmation des Grandes Conférences liégeoises touche à la perfection : une femme, une seule pour chaque saison ! Cette année encore nous sommes soufflées par le choix de casting presque parfait pour nous exposer les sujets sérieux de physique, de géopolitique ou d’économie : 7 conférences, 6 hommes, bravo ! 

Nous étions venues ici même en 2019 pour le même type de discours. Quelle joie de voir à nouveau le même intervenant : Monsieur Étienne. Merci de nous faire l’honneur de représenter une seconde fois les voix masculines de la science.

Nous ne doutons point qu’il est préférable d’accueillir un homme conférencier qui profite de l’effet Matilda. Autant s’attribuer des travaux scientifiques réalisés par des femmes, puisque, de toute façon, à ce qu’il parait, “les femmes ne répondent pas à l’appel” ! Et puis quoi ? Que faudrait-il faire pour qu’elles viennent ? Faudrait-il mettre en place, comme dans les blocs de l’Est durant la guerre froide, des bourses ? des structures collectives de garde d’enfants ? ou des aides aux tâches ménagères ? Leur céder notre place d’homme ? Pire encore, faudrait-il éduquer les hommes à assumer les tâches familiales pour libérer les femmes ? 

Françoise Balibar n’est pas invitée, mais bien victime de l’effet Matilda. Permettez-nous donc de la paraphraser : “Comme dans un avion en vol les femmes sont immobiles face au plafond de verre et le monde tourne sans elles. Le mouvement des femmes est comme nul puisqu’on ne le sent pas. 

Bon sang ! Un conférencier de qualité doit porter un pantalon et surtout une barbe ! Imaginez donc un monde où l’utérus pernicieux se glisserait dans des analyses de données et développerait des thèses ! Ce monde courrait à sa perte et le public de vos chères conférences s’en trouverait bouleversé. Pas de quota, ni de cessez-le-feu, c’est ça qu’on veut ! 

Alors monsieur Étienne, vous nous aviez prédit une amélioration lors de notre dernière rencontre, force est de constater que le statu quo du patriarcat à de beaux jours devant lui !  

Nous donnons-nous rendez-vous à une prochaine conférence ? 

Merci en tout cas à tous les conférenciers. Merci à Étienne, Jean-François, Christophe, Philippe, Baptiste et Jean-Pierre. 

La Barbe ! La Barbe ! La Barbe !

Réaction de l’organisation

Côté scène, nous n’avons pas eu le temps d’aller plus loin que le second paragraphe du discours : les 4 policiers en civil ont pris à parti certain∙es d’entre nous. Négociant avec eux 2 minutes d’action non-violente, nous avons pu entendre que, hésitants, ils demandaient l’avis de la personne organisatrice de l’événement : elle leur a donné l’ordre de nous faire cesser l’action sans délai.

Nous constatons que, après 4 interpellations non-violentes de notre part, elle n’est visiblement toujours pas prête à s’ouvrir à la diversité, l’inclusion, la nouveauté, au progrès social… Et qu’elle préfère l’usage de la force face à l’expression citoyenne.

À la revoyure ?

Côté salle, par contre, en dehors de quelques mâles croulants qui râlaient bruyamment, une partie du public nous a applaudi.es et a demandé à lire notre discours complet. Nous remercions aussi les spectateur∙ices nous ayant manifesté leur soutien après l’action. C’est que notre action a quand même trouvé très bon public ! Se pourrait-il qu’on y prenne goût ?!

Trop de barbes dans votre assoc’?

La Barbe Liège publie un nouvel outil : un questionnaire pour évaluer si votre organisation est inclusive en matière de genre. Envie de faire le test ? À vos barbes ! GO!

Les espaces de pouvoirs, que ce soit dans une entreprise ou une association, sont largement investis par les hommes cis blancs et hétérosexuels.

Où que vous soyez, qui que vous soyez, vous pouvez interroger la structure qui vous accueille en tant que bénévole ou travailleur/euse. Le test que La Barbe Liège a élaboré vous aide à poser des constats et à mettre en lumière des éléments qui doivent être améliorés.

Première face du poster d'inclusivité réalisé par La Barbe Liège
POSTER d’inclusivité (face 1)

Faites le test !
Comptez les barbes obtenues…

Interprétez vos résultats
Trouvez des pistes d’amélioration et des ressources :

Seconde face du poster d'inclusivité
POSTER d’inclusivité (face 2)

Téléchargez le poster

Vous voulez un exemplaire papier ? Faites-en la demande par mail.

Ce poster a été créé dans le cadre du projet Les Très Grandes Conférences Liégeoises, soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles et Alter Égales en 2021-2022.

Nos héroïnes ont la parole !

Depuis samedi 12 mars, à Liège, de belles affiches invitent le public aux Très Grandes Conférences Liégeoises. Les sujets de ces événements attirent par leur (im)pertinence; les intervenantes sont des spécialistes dans leur domaine. Par contre, aucun de ces événements n’aura véritablement lieu…

Rendez-vous à une de ces conférences et vous trouverez porte close. Sur le site internet de l’événement, aucune annulation n’a pourtant été annoncée. Avez-vous bien lu la date ? Oui. Vous avez envoyé un mail à l’adresse renseignée et on vous informera qu’aucune de ces conférences n’est programmée… Pourquoi ce malentendu ? On vous explique.

Vous êtes tombé·es sur un canular !

Mais qui est véritablement le dindon de la farce ? Pas vous, rassurez-vous ! Les dindons de cette farce, ce sont les femmes et les personnes issues d’autres minorités sociales. Oui, oui… Et vous allez comprendre pourquoi !

Avec cette campagne d’affichage, nous voulons rendre visibles des vécus et des paroles qui ne le sont pas, pour mettre en lumière l’expertise méconnue des nombreuses femmes qui œuvrent dans des disciplines où elles excellent sans être (re)connues.

En créant notre propre programme de conférences, nous voulons montrer que les femmes expertes existent et ont existé à toutes époques. Le problème est qu’elles sont trop peu sollicitées pour intervenir dans les médias, débats publics et conférences. Ces événements reproduisent une domination patriarcale en ignorant la parole des femmes dans des domaines où elles subissent déjà de lourdes discriminations.

Si, à compétences égales pour un même poste, une femme reçoit en moyenne un salaire inférieur à celui d’un homme, le constat s’applique aussi aux prises de paroles : à expertise et compétences égales, la parole d’une femme est dévalorisée au profit de celle d’un homme. Cette discrimination pousse les femmes non seulement au silence, mais freine aussi leur carrière en les éclipsant du paysage culturel et politique.

Comment le débat public peut-il avancer vers une société égalitaire si les discussions ont lieu entre hommes ? Comment et où trouver des modèles de femmes inspirantes ?

Un monde pensé par les hommes est un monde créé pour les hommes. Nous avons mis à l’affiche des femmes qui ont marqué l’Histoire et leur domaine de compétences. Nous voulons relire notre passé et notre présent à la lumière de leurs contributions.

Par ces affiches, nous saluons leur œuvre. Rendons-leur un femmage ! Rendons gloire à tout ce qu’elles ont réalisé malgré les limites de ce qu’une société patriarcale leur a imposées ! Leur parole, leurs idées et leurs travaux ont changé la donne, ont influé sur le cours des savoirs de l’humanité. Malgré un climat social qui leur était peu favorable, elles ont pu s’instruire, lutter, agir, dépasser les stéréotypes, bouleverser les conditionnements sociaux. Pour certaines d’entre elles, ça n’a pas été facile. Beaucoup ont payé de leur vie pour rester fidèles à ce qu’elles voulaient être, cohérentes dans leurs combats, en ne renonçant jamais.

Ces femmes ne sont plus parmi nous aujourd’hui. Ces conférences fictives nous rafraîchissent la mémoire. Elles appellent à la persévérance et à la représentativité. Elles vous disent : « Mon discours doit être entendu. C’est une nécessité sociétale et vitale. »

Découvrez les conférences dont rêve notre Collectif sur le site des Très Grandes Conférences Liégeoises ! 

Nous, la Barbe Liège, militons 
pour une représentation des femmes et des minorités dans le panel des invité·es aux débats.

Nous, la Barbe Liège, militons
pour une représentation des diversités qui composent la société.

Nous, la Barbe Liège, militons 
pour une représentativité de la société qui rend justice aux minorités discriminées.

Comment nous aider ?

  • Coller une ou plusieurs affiches promotionnant nos événements (à votre fenêtre si elle donne à rue ou dans des endroits publics autorisés)
  • Distribuer l’affiche à des personnes qui feront pareil.
Trouvez notre matériel promotionnel (affiches & communiqué de presse) : ici.

Au boulot, repas de famille, à l’apéro, entre amis…

Parlez de ce cycle de conférences prestigieuses autour de vous… 

En voici le communiqué de presse : ICI

Projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles

Collages féministes en temps de confinement

En confinement, les féministes liégeoises ont la bougeotte ! D’autant plus que le sexisme est exacerbé durant ces périodes d’isolement qui fragilisent beaucoup les femmes. L’augmentation de la fréquence des féminicides en sont un des indicateurs. Alors, l’inaction ? Très peu pour ces féministes liégeoises qui collent dans nos rues.

Confinées, mais pas muselées !

Collages de décembre 2020

Collages de février 2021