Et si les rues de Liège portaient enfin des noms de femmes et de minorités de genre ?

Ce week-end, La Barbe Liège renomme des rues. Pas de conseil communal, pas de procédure administrative : des plaques violettes, du collant double face et 64 noms qui manquent à notre ville.

Un espace public au masculin

Marchez dix minutes dans Liège et comptez les noms de rues. Selon un décompte relayé par Le Soir en 2017, seulement 1,6 % portent le nom d’une femme, contre 33 % pour les hommes. Quant aux personnes trans, non binaires ou queer, elles sont quasiment absentes de la carte.

Ce constat n’est pas propre à Liège. À Bruxelles, un comptage d’Open Knowledge Belgium et du collectif Noms Peut-Être donnait 6 % de rues au nom de femme en 2020, et une seule au nom d’une personne transgenre. En Wallonie, selon la RTBF, les noms de femmes sont dix fois moins représentés que ceux d’hommes.

Il suffit de lister quelques rues du centre pour s’en convaincre. La rue (Joseph) Lebeau, l’avenue Maurice Destenay et le boulevard (Walthère) Frère-Orban honorent chacun un homme politique. La célèbre Montagne de (Vincent) de Bueren et la rue (Pierre) de Bex et rendent hommage à des seigneurs des XVe et XVIIe siècle. La place (John) Cockerill, la rue (Joseph) Curtius, quai (Charles-Henri) Marcellis et la rue Georges Thone célèbrent des industriels. Même la Révolution française a son incarnation masculine, avec la rue (Jean-Pierre de) Ransonnet.

Plein d’autres noms de rue très connues cache leur homme : rue (Mathias-Guillaume de) Louvrex, Boulevard (Ferdinand) Piercot, rue (Jean-Théodore) de Pitteurs, rue (Louis de Moylenarcke le Vieux dit) Surlet, quai (Winston) Churchill… Ces figures ont sans doute marqué l’histoire de la ville, mais elles ne sont pas les seules : chaque siècle, chaque quartier, chaque métier a aussi ses femmes et minorités de genre, que la toponymie officielle passe sous silence.

Un nom de rue, c’est une décision politique sur ce qui mérite d’être retenu. Quand presque tous les noms sont masculins, le message est clair : l’histoire s’est faite sans nous.

Dans le sillage de Noms Peut-Être

Notre action s’inscrit dans le sillage du collectif bruxellois Noms Peut-Être. Depuis 2017, il colle de fausses plaques de rues portant de vrais noms de femmes, connues ou effacées de l’histoire, pour dénoncer leur invisibilisation. Nous reprenons la méthode, avec des figures liégeoises et d’ailleurs.

Qui avons-nous choisi ?

Nous avons voulu mélanger les siècles et les parcours : des figures médiévales comme Sainte Begge ou Berthe de Laon, une révolutionnaire comme Anne-Josèphe Théroigne, des ouvrières comme les hiercheuses et Philomène Boulanger, des résistantes et survivantes des camps comme Nelly Mousset-Vos et Nadine Huong. Des artistes, des scientifiques, des sportives comme Ingrid Berghmans ou Nafissatou Thiam, des juristes, des militantes antiracistes comme Mireille-Tsheusi Robert et Betel Mabille.

Nous avons aussi tenu à celles que l’histoire officielle oublie le plus volontiers. Suzan Daniel, critique de cinéma et militante lesbienne. Des figures importantes pour des comunnautés queer, comme Babibitch et Victoriae Defraigne, DJ et militantes pour les droits des personnes trans, ont leur plaque. Nous glissons aussi Nanèsse, figure du folklore liégeois, et Sainte Barbe, parce qu’on ne se refait pas.

Pourquoi maintenant ?

Nous menons cette action les 26 et 27 septembre 2026, pendant les Journées du Matrimoine. Le matrimoine désigne les biens, matériels ou immatériels, ayant une importance artistique ou historique, hérités des femmes. Cette année, ces journées marquent aussi les 50 ans de la loi du 14 juillet 1976, qui a aboli l’incapacité civile des femmes mariées : depuis, elles peuvent ouvrir un compte en banque seules et exercer une profession sans l’autorisation de leur époux.

Derrière chaque avancée juridique, il y a des femmes et des minorités de genre qui ont lutté, souvent dans l’ombre. Nos plaques prolongent ce travail de mémoire : elles rendent visible dans la rue ce que le patrimoine officiel a trop longtemps tu. Nous n’attendons pas la permission pour le rappeler.

Les noms (liste ouverte)

NomFonctionDates
Lucie DejardinFemme politique, militante pacifiste et féministe1875-1945
Berthe de LaonReine consort des Francs720-783
Sainte BeggeAbbesse615-693
Jeanine DavinMilitante communiste, prisonnière politique et conseillère communale1907-1983
Lisette LombéSlameuse, poétesse et écrivaine1978
Anne-Josèphe ThéroigneFemme politique et révolutionnaire (deux plaques : rue et passerelle)1762-1817
Aldegonde DesmoulinsReligieuse bénédictine et artiste1611-1692
Mady AndrienSculptrice et dessinatrice1941
Simone PlomdeurSculptrice1897-1984
Élise AncionScénariste, costumière et metteuse en scène1969
Victoire CappeSyndicaliste et créatrice du Mouvement social féminin chrétien1886-1927
Fanny GermeauArtiste peintre et résistante1911-2011
Caroline LamarcheÉcrivaine1955
Brigitte MassartArchitecte1955
Christiane StefanskiChanteuse1949-2024
Lise ThiryMicrobiologiste, virologue et militante1921-2024
Christine MahyMilitante contre la pauvreté1960
Sibylle GioéAvocate spécialisée dans les droits humains et présidente de la Ligue des droits humains1987
Renée BrockFemme de lettres et résistante1912-1980
Brigitte KaquetDirectrice artistique et fondatrice de Cirque Divers et de Voix de Femmes1952-2024
Nelly Mousset-VosCantatrice, résistante et survivante des camps de concentration1906-1987
Nadine HuongAvocate, diplomate et survivante des camps de concentration1902-1972
Sandra KimChanteuse1972
NanèssePersonnage du folklore liégeoisXIXe siècle
Nathalie ToroBoxeuse multi-médaillée1972
Berthe BovyComédienne1887-1977
Bernadette MérenneGéographe économique1943
Charline Van SnickJudokate multi-médaillée, cofondatrice de #BalanceTonSport1990
Philomène BoulangerBotteresseXIXe siècle
Najat ArbibMagistrate1974
Nafissatou ThiamAthlète olympique1994
Suzanne MonkasaMilitante pour la défense des droits de la diaspora africaine, des femmes et des minorités1944
Les hiercheusesOuvrières de charbonnages dans les mines
Sainte BarbeIVe siècle
Chantal AkermanCinéaste1950-2015
Mya BollaersActrice1996
Vinciane DespretPsychologue et philosophe1959
Lio (Vanda Maria Roberto Furtado Tavares de Vasconcelos)Chanteuse et actrice1962
Dena (Dena Vahdani)Humoriste1991
Cécile DjungaHumoriste, animatrice médias et artiste1989
Joëlle Sambi NzebaSlameuse, autrice et réalisatrice1979
Suzan DanielCritique de cinéma, militante lesbienne1918-2007
Rokia BambaDJette, créatrice sonore et productrice radio1976
Léa BayekulaPara-athlète multi-médaillée1995
Sarah ChaâriTaekwondoïste multi-médaillée2005
Shahin MohammadConsultante inclusion et diversité, fondatrice de F.R.i.D.A.
Betel MabilleConférencière, formatrice et militante contre le racisme et les discriminations
Habibitch (Lissia Benoufella)Danseuse, conférencière, vidéaste, DJ, écrivaine
Youna MaretteMilitante pour le climat2002
Babetida SadjoActrice1983
Sarah LéléHumoriste2002
Maja-Ajmia Yde ZellamaRéalisatrice et scénariste1994
Kis’ KeyaRéalisatrice, productrice et directrice de casting
Lubna AzabalActrice1973
Mireille-Tsheusi RobertAutrice, formatrice et chercheuse1981
Isma BenboulerbahMilitante féministe et antiraciste
Victoriae DefraigneDJ et militante pour les droits humains, dont les droits des personnes trans
Eliane GubinProfesseure d’histoire, fondatrice du Centre d’Archives et de Recherches pour l’Histoire des Femmes1942
Ingrid BerghmansJudokate multi-médaillée1961
Marie GillainActrice1975
Émilie DequenneActrice1981-2025
Déborah FrançoisActrice1987
Angèle (Angèle Van Laeken)Chanteuse, musicienne et actrice1995
Simone David-ConstantDocteure et professeure en droit1917-2003

Nous vous invitons à suggérer d’autres noms en commentaire ou par mail.

Nos héroïnes ont la parole !

Depuis samedi 12 mars, à Liège, de belles affiches invitent le public aux Très Grandes Conférences Liégeoises. Les sujets de ces événements attirent par leur (im)pertinence; les intervenantes sont des spécialistes dans leur domaine. Par contre, aucun de ces événements n’aura véritablement lieu…

Rendez-vous à une de ces conférences et vous trouverez porte close. Sur le site internet de l’événement, aucune annulation n’a pourtant été annoncée. Avez-vous bien lu la date ? Oui. Vous avez envoyé un mail à l’adresse renseignée et on vous informera qu’aucune de ces conférences n’est programmée… Pourquoi ce malentendu ? On vous explique.

Vous êtes tombé·es sur un canular !

Mais qui est véritablement le dindon de la farce ? Pas vous, rassurez-vous ! Les dindons de cette farce, ce sont les femmes et les personnes issues d’autres minorités sociales. Oui, oui… Et vous allez comprendre pourquoi !

Avec cette campagne d’affichage, nous voulons rendre visibles des vécus et des paroles qui ne le sont pas, pour mettre en lumière l’expertise méconnue des nombreuses femmes qui œuvrent dans des disciplines où elles excellent sans être (re)connues.

En créant notre propre programme de conférences, nous voulons montrer que les femmes expertes existent et ont existé à toutes époques. Le problème est qu’elles sont trop peu sollicitées pour intervenir dans les médias, débats publics et conférences. Ces événements reproduisent une domination patriarcale en ignorant la parole des femmes dans des domaines où elles subissent déjà de lourdes discriminations.

Si, à compétences égales pour un même poste, une femme reçoit en moyenne un salaire inférieur à celui d’un homme, le constat s’applique aussi aux prises de paroles : à expertise et compétences égales, la parole d’une femme est dévalorisée au profit de celle d’un homme. Cette discrimination pousse les femmes non seulement au silence, mais freine aussi leur carrière en les éclipsant du paysage culturel et politique.

Comment le débat public peut-il avancer vers une société égalitaire si les discussions ont lieu entre hommes ? Comment et où trouver des modèles de femmes inspirantes ?

Un monde pensé par les hommes est un monde créé pour les hommes. Nous avons mis à l’affiche des femmes qui ont marqué l’Histoire et leur domaine de compétences. Nous voulons relire notre passé et notre présent à la lumière de leurs contributions.

Par ces affiches, nous saluons leur œuvre. Rendons-leur un femmage ! Rendons gloire à tout ce qu’elles ont réalisé malgré les limites de ce qu’une société patriarcale leur a imposées ! Leur parole, leurs idées et leurs travaux ont changé la donne, ont influé sur le cours des savoirs de l’humanité. Malgré un climat social qui leur était peu favorable, elles ont pu s’instruire, lutter, agir, dépasser les stéréotypes, bouleverser les conditionnements sociaux. Pour certaines d’entre elles, ça n’a pas été facile. Beaucoup ont payé de leur vie pour rester fidèles à ce qu’elles voulaient être, cohérentes dans leurs combats, en ne renonçant jamais.

Ces femmes ne sont plus parmi nous aujourd’hui. Ces conférences fictives nous rafraîchissent la mémoire. Elles appellent à la persévérance et à la représentativité. Elles vous disent : « Mon discours doit être entendu. C’est une nécessité sociétale et vitale. »

Découvrez les conférences dont rêve notre Collectif sur le site des Très Grandes Conférences Liégeoises ! 

Nous, la Barbe Liège, militons 
pour une représentation des femmes et des minorités dans le panel des invité·es aux débats.

Nous, la Barbe Liège, militons
pour une représentation des diversités qui composent la société.

Nous, la Barbe Liège, militons 
pour une représentativité de la société qui rend justice aux minorités discriminées.

Comment nous aider ?

  • Coller une ou plusieurs affiches promotionnant nos événements (à votre fenêtre si elle donne à rue ou dans des endroits publics autorisés)
  • Distribuer l’affiche à des personnes qui feront pareil.
Trouvez notre matériel promotionnel (affiches & communiqué de presse) : ici.

Au boulot, repas de famille, à l’apéro, entre amis…

Parlez de ce cycle de conférences prestigieuses autour de vous… 

En voici le communiqué de presse : ICI

Projet soutenu par la Fédération Wallonie-Bruxelles

Collages féministes en temps de confinement

En confinement, les féministes liégeoises ont la bougeotte ! D’autant plus que le sexisme est exacerbé durant ces périodes d’isolement qui fragilisent beaucoup les femmes. L’augmentation de la fréquence des féminicides en sont un des indicateurs. Alors, l’inaction ? Très peu pour ces féministes liégeoises qui collent dans nos rues.

Confinées, mais pas muselées !

Collages de décembre 2020

Collages de février 2021

Nos collages là où on ne s’y attend pas : Esperanzah ! 2019

Mais où La Barbe Liège a-t-elle encore frappé ? Même en festival, ces féministes au poil farouche trouvent le moyen d’épingler la sous-représentation des femmes dans l’industrie musicale.

Pour cette édition 2019 du festival Esperanzah!, la Barbe Liège était à nouveau présente au Village des possibles dont le thème était  » La faim des privilèges ». Nous avons sorti notre plus belle pilosité pour rencontrer les festivaliers·ères toujours prêt·e·s à débattre avec nous.

Nous avons parlé de la meilleure représentation des femmes au sein de cette édition 2019 d’Esperanzah!, mais aussi de leur catastrophique invisibilité au sein d’autres festivals bien connus.

La Barbe Liège informe sur le taux de présence d’artistes féminines sur les scènes des festivals belges.

En ni d’une ni deux, nous avons imposé les choses au regard en espérant qu’elles aient bousculé l’entendement des festivaliers·ères.

Nos statistiques sont tirées du site shesaidso.be.

Qu’est-ce qu’on dit aux Messieurs ? Merci Messieurs les organisateurs, les artistes, les musiciens et techniciens !

La Barbe ! La Barbe ! La Barbe !